Exposition Visite Libre De L'église Notre-dame D'alleaume, à Valognes du 15 au 16 septembre 2018

Du

15 samedi septembre 2018

au

16 dimanche septembre 2018

10h00

Eglise Notre-dame D'alleaume

Plus d'infos sur l'exposition Visite Libre De L'église Notre-dame D'alleaume, à Valognes

L'exposition Visite Libre De L'église Notre-dame D'alleaume, à Valognes a lieu au dans le cadre des Journées du patrimoine Valognes 2018.

Située en bordure de l'ancienne agglomération antique d'Alauna, l'église Notre-Dame d'Alleaume (paroisse rattachée à celle de Valognes en 1923) possède manifestement des origines très anciennes. Selon les témoignages consignés au XIXe siècle par l'érudit Auguste Pouchin, on aurait trouvé plusieurs médailles romaines autour de l'édifice, et des urnes funéraires à l'intérieur du cimetière, indices d'une nécropole païenne ayant précédé le sanctuaire chrétien. Hormis quelques fragments de briques ou tuiles romaines en remploi, l'église actuelle ne conserve plus cependant de vestiges antérieurs au XIIe siècle.

Le relief roman d'Alleaume (45 x 95 cm), aujourd'hui remployé dans le mur oriental de la chapelle sud, provient de l'ancienne « porte du prêtre », à laquelle servait de linteau. Fréquemment reproduit et diversement interprété depuis le XIXe siècle, il montre deux personnages en position frontale, siégeant sous des arcatures, accompagnés d'un oiseau crachant en leur direction une sorte de volute et d'un agneau portant la croix, qui semble s'éloigner en leur tournant le dos.

La première grande phase de transformation de l'édifice roman se situe dans la première moitié du XIVe siècle, date estimée du voutement du choeur et du percement des grandes fenêtres « à meneaux bifurqués en Y» servant à l'éclairer. L'addition de la chapelle nord, collée contre la tour de clocher, est postérieure et semble plutôt se situer vers le milieu du XVe siècle. Les nervures de ses voutes sont supportées par des culots sculptés d'assez belle facture, représentant les figures du « tetramorphe » (lion, taureau, aigle et ange), symbolisant les quatre évangélistes (Marc, Luc, Jean et Mathieu). Détail rare, l'aigle de saint Jean, muni d'un phylactère, écrase entre ses serres un étrange serpent à tête de chien, qui lui mord l'aile. A une date encore postérieure, proche sans doute des années 1500-1530, la nef a reçu son voutement actuel et a également été percée de nouvelles fenêtres. La construction de la chapelle sud, avec ses consoles à enroulements végétaux de style flamboyant aura suivi d'assez prés, engendrant l'obstruction de la porte romane que nous signalions antérieurement et le déplacement du relief qui la couronnait. Au XVIe siècle est également intervenue la construction de la sacristie, un petit appendice formant aile en retour sur le flanc nord du choeur.La chapelle logée sous la tour de clocher, jointive à cette sacristie, abrite la statue de la Vierge de la Victoire, transférée ici après la Révolution de 1789\. Cette jolie sculpture en pierre calcaire, probablement produite au début du XVIe siècle par un atelier local, faisait jadis l'objet de dévotions importantes. Elle nous apparaît aujourd'hui dans un cadre demeuré agréablement évocateur, littéralement noyée parmi les fleurs, les cierges et les ex-voto des fidèles.

D'autres modifications très significatives sont intervenues à la fin du XVIIIe siècle, période d'essor démographique et de développement de la paroisse d'Alleaume. Ces travaux ont concerné principalement la nef, alors augmentée de deux travées et percée de grandes fenêtres cintrées, puis la construction au devant de celle-ci d'une nouvelle façade occidentale. Bâtie en pierre de taille calcaire, uniquement percée d'un oculus et d'un grand portail, ce nouveau corps d'entrée exprime une monumentalité un peu sévère. Ce chantier d'extension fut entrepris en 1782 et la date de 1787, qui figure sur la clé de voute de la première travée de la nef, indique probablement son achèvement. D'autres travaux de reprise de la tour de clocher, de blanchissement des murs, de réfection du dallage et d'ornementation sont déjà documentés au cours des années précédentes. On apprend ainsi que le sieur Alexandre, sculpteur, produisit à cet effet, en 1768, un « baldaquin pour porter le Christ » (cf. la « perque » ou « poutre de Gloire » du Crucifix), des « pilastres en point rond » et une balustrade pour placer devant le maître autel. Le décor aux accents rocaille des chapiteaux placés à l'entrée choeur, qui présentent un répertoire végétal puisé dans la symbolique chrétienne (feuilles de vigne, épis de blé, roses...), est probablement de la main de cet artisan.

Le XIXe siècle a également laissé une empreinte notable dans l'édifice, avec la création du grand retable du maître autel, oeuvre du sculpteur cherbourgeois Armand Fréret et du décorateur Julien Lacolley, qui fut livrée en 1805 pour la somme de 2500 livres. Placé sur un emmarchement en arrondi que précède une petite grille à balustres, il est constitué d'une colonnade corinthienne en hémicycle, encadrant un tableau de l'Assomption et un maître autel, tous deux de forme ovale, produisant ainsi un jeu harmonieux de courbes et de contre-courbes. Deux anges buccinateurs, des pots à feu et une gloire renfermant les Tables de la Loi couronnent cette architecture chatoyante, qui structure et habille entièrement l'espace du sanctuaire. Les niches logées sous l'entablement de l'hémicycle abritent des statues en terre-cuite de saint Martin, saint Joseph, saint Geneviève et saint Pierre. Ces oeuvres de style néo-baroque, aux colorations vives et aux gestuelles extatiques, ont été produites entre 1806 et 1808 par François Moreau, sculpteur et ornemaniste alors employé de la manufacture de porcelaine de Valognes (le saint Martin est signé et daté par inscription : « Moreau sc. 1808 »). On doit aussi à François Moreau les anges sonneurs de trompette du sommet de l'entablement, une belle sainte Madeleine éplorée située dans la chapelle sud (également signée), ainsi que la Vierge et le Christ de la perque. D'autres éléments de mobilier du XIXe siècle subsistent dans l'édifice, tels les boiseries et la bancellerie, la chaire à prêcher et le confessionnal. Le grand retable néo-gothique de la déploration du Christ mort installé dans la chapelle sud, création des ateliers Bourdon à Caen, porte la date de 1889\. En 1896, cette même chapelle méridionale a reçu un décor peint avec motifs de faux appareil de couleur mauve sur les parois et semis d'étoile rouge sur fond blanc recouvrant la voute. Ce décor néo-médiéval est l'oeuvre du peintre Louis Chifflet (1853-1897), qui fut également actif dans plusieurs églises de l'Orne et du Calvados.

Aucune trace ne subsiste dans l'édifice du culte jadis voué à saint Maur, patron secondaire de la paroisse d'Alleaume, qui y possédait son propre autel et auquel était paraît-il vouée une petite fontaine située en contrebas du cimetière. La maison située devant l'église, édifiée dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, présente en revanche, sur l'angle de sa façade, une petite statue du saint logé dans une niche ornée d'une conque et assortie d'un tapis d'ornements végétaux de style rocaille, avec inscription : « St Maur Pr(ie)r (sic) pour nous »

Il faut souligner également que le cimetière qui environne l'église d'Alleaume, avec un total de 57 tombes protégées au titre des Monuments historiques, est de loin l'un des plus riches de notre département. Si certaines épitaphes peuvent remonter jusqu'au XVIIe siècle, la majorité des sépultures appartient plutôt à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant. La fortune des paroissiens de ce quartier, alors très aristocratique, explique pour partie la qualité des monuments conservés. La présence, toute proche, de carrières de pierre calcaire et d'ateliers de sculpteurs spécialisés dans la production funéraire justifie aussi l'exceptionnelle richesse de ce cimetière. Au grès des stèles, des cippes, des pyramides et des obélisques se conservent ainsi les noms des principaux notables de la paroisse d'Alleaume.